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Caprices or not caprices ?

Il pense donc il caprice, il caprice donc il est...

Choubaby pleure dès que je le pose dans son transat douillet…Choubaby pleure au bout de 2 minutes sur son tapis coloré…Choubaby pleure en fait souvent et pour rien. C'est sûr, Choubaby fait des caprices !! Bah oui c’est mami qui me l’a dit, à moins que ce ne soit la voisine ou peut-être bien que je l’ai lu quelquepart…

 

Choubaby à 4 mois…oui parfois on a bel et bien l’impression que ce bébé nous fait tourner en bourrique ; il pleure, on lui parle, il sourit, on s’éloigne, il hurle, on le câline, il s’arrête.

Caprice ? Non !! (Je le dis haut et fort !). Souhaiter être dans les bras chauds de ses parents est juste naturel ; et qu’il ait besoin de vous souvent –n’ayant aucun autre moyen de vous le dire que par des pleurs- est tout aussi naturel ! Choubaby exprime un besoin de câlin, d’attention, de chaleur, d’échange…même s’il l’exprime trop souvent à votre goût et ne vous laisse aucun répit, cela n’a rien à voir avec les caprices. Il peut bien sûr il y avoir d’autres explications à ces pleurs répétés : mal être, couche humide, maux de ventre, faim, stress…à vous de décoder et de chercher une réponse adaptée.

Le caprice n’existe pas chez les bébés. Choubaby est dépendant de l’odeur de ses parents, de leur souffle, de leur voix, de leur regard. Etre proche et en interaction avec vous est non seulement un besoin fondamental mais lui permet surtout de se sentir en sécurité. Tout comme le lait et les légumes nourrissent son corps, les échanges corpo-émotionnels nourrissent son cœur, votre regard et sourire nourrissent son âme.

Certains bébés manifestent plus de « faim » que d’autres et il est vrai qu’il n’est pas toujours simple de répondre sereinement aux nombreuses sollicitations

Et puis Choubaby grandit, grandit, bien vite...il s’assoit, rampe, marche à 4 pattes et marche. Avec l'autonomie de déplacement, il deviendra pour moi ici Minisun; il a entre 18 mois et 4 ans, et…comment dire…certaines choses se compliquent. Il hurle quand vous lui refusez un second gâteau, il tape sur la table lorsque vous ne lui accorder pas la télécommande pour jouer, il s’effondre parce qu’il ne veut pas mettre son manteau, ou encore plus sympa se débat à grands cris dans le chariot aux rayons jouets (quelle idée de passer par là aussi !).


Oui ces petits comportements, qui, il faut le dire, nous déstabilisent parfois (euh souvent !), ressemblent bel et bien à des caprices. Et si on tentait de comprendre ce qui se joue à ce moment-là dans la tête de Minisun (bien qu’on y soit pas).


Caprice, caprice…ça veut dire quoi ce mot finalement ? Je pense qu’à force de l’utiliser aux moindres désaccords de Minisun, son sens est devenu flou mais surtout l’utilité en est pour le moins méconnue.


Dans les dicos : le caprice est une volonté soudaine, irréfléchie et changeante de quelqu’un. Selon Christine Brunet (psychothérapeute), il s’agit chez l’enfant d’un « désir impérieux soudain qui ne rencontre pas l’approbation de l’adulte ». Minisun exprime une envie ou un désaccord, son parent s’y oppose, il se met en colère (du gros chagrin aux cris en passant par le lancer de l’objet qui est à sa portée…). Minisun ferait des caprices…et j’avoue qu’en tant que maman il m’arrive d’être déboussolée par ce comportement : comment Minisun en vient-il à se mettre dans un état pareil pour une chose qui me semble si ridicule (à moi adulte…).


De par ce jeune âge, Minisun n’est ni en mesure de gérer ses émotions, ni en mesure d’anticiper les réactions de ses parents ; autrement dit non ce n’est pas tout exprès pour vous embêter, et non il n’est pas forcément un enfant mal élevé ! Minisun est juste un enfant ordinaire…S’il ne manifestait aucun désaccord il y aurait me semble-t-il bien plus de raisons de s’en inquiéter ; cela signifierait probablement qu’il a renoncé à son propre désir pour se conformer à celui de ses parents et cet état ne présage rien de bon pour sa construction identitaire.  


L’enfant est dans le principe de plaisir et de toute puissance : bébé on le nourrit quand il a faim, on lui change la couche quand elle est mouillée, on le couche quand il a sommeil. Il est bercé, câliné, admiré aussi (et c'est bien normal !). Lorsqu’il grandit, non seulement apparaissent chez lui de nouveaux intérêts mais chez le parent de nouvelles attentes et une attention différente.


Minisun se trouve alors confronté au fait qu’il n’est pas tout puissant, il se « cogne » aux désirs de l’autre et découvre d’autres points de vue. Il n’a pas non plus d’éléments d’analyse pour appréhender le réel, qui nous adultes, nous semble évident. Minisun veut aller jouer dans la neige mais refuse de mettre son manteau : vous lui parler de « froid », de « glacé », de « malade ». Minisun a bien déjà entendu ces mots mais n’a pas la ressource intellectuelle nécessaire pour avoir l’abstraction de ces notions en tête. Même s’il a déjà touché quelquechose que vous avez désigné comme « froid », l’ancrage de sensations et de concepts dans la conscience de l’abstraction est une histoire de répétition et d’apprentissage de longues années durant.


Par ailleurs, Minisun grandit, se sépare de vous, se différencie. Il doit pour ce faire s’opposer et ainsi s’affirmer en tant que sujet. Il exprime des pensées et désirs qui lui sont propres. Cette phase d’opposition (le « non » en toutes circonstances) est constructive. Enfin Minisun a aussi besoin d’éprouver la solidité de ses parents et de sentir un cadre et des limites structurantes.

Cela dit, nous sommes bien d’accord, quand Minisun pique sa crise, on a aussi envie de piquer la nôtre ! Zut flûte crotte, mais pourquoi ??????? Et vous êtes pressés ou fatigués, et vous ne savez pas comment gérer et n’avez pas spécialement envie de vous lancer dans une grande réflexion sur la psycho de l’enfant !

 

Voilà quelques pistes pour tenter d’apaiser cette colère, ou pour du moins ne pas craquer trop fort.

  •  Un premier élément est l’acceptation du désaccord de Minisun, parce qu'après tout, il a bien le droit de ne pas être d'accord avec vous. Accompagner l’enfant dans cette émotion (qu’il ne sait gérer, il vit la frustration dans l’instant présent) c’est le reconnaitre comme personne.
  • Lui signifier que vous avez aussi des limites (Minisun nous voit comme tout puissant). Par exemple en lui expliquant avant de rentrer dans le supermarché que vous dépenserez de l’argent pour les repas mais que vous n’en n’avez pas assez cette fois pour des jouets/bonbons.
  • Avec humour l’emmener sur un autre sujet, lui proposer un autre jeu, un morceau de pain à la place du bonbon (stratégie de la diversion)
  • Lui laisser faire certains choix : montrer lui 2-3 t-shirts pour qu’il décide lui-même de ce qu’il veut porter ; proposer lui la main droite ou gauche pour traverser la rue.
  • Parfois l’enfant se met dans état de colère telle, se "fâcher" peut ne faire qu’empirer les choses. Emmenez le dans sa chambre ou laisser le faire sur place en lui expliquant que vous avez entendu qu’il n’était pas content mais que vous lui laissez le temps d’évacuer sa colère (et vous ne vous en préoccuper plus, s'il est en sécurité). Quand la crise sera passée, vous pouvez revenir vers lui pour le câliner, discuter de ce qui s’est passé, et surtout mettre des mots sur ce trop plein d'émotions qui a débordé.
  • Accepter de se remettre en question : parfois la fatigue, le stress peuvent nous faire perdre patience trop rapidement, ou avoir des mots durs, des gestes plus fermes...Minisun est comme une éponge: il réagit d'une part à ce qui peut s'apparenter à des agressions extérieurs si ces éléments durent dans le temps et se mêlent : agitation de la foule, bruits de moteurs, de klaxons, tension ambiante, musique dans les magasins, brouhaha de la rue ou au parc; et d'autre part à notre état émotionnel (énervement, fatigue, dispute avec le conjoint, frère/soeur que l'on gronde, cris...)
  • Expliquer le pourquoi des règles est fondamental, poser des limites claires et un cadre cohérent aussi mais parfois il faut savoir faire preuve de souplesse : quand la règle énoncée n’est pas en lien avec la sécurité de l’enfant ou de ceux qui l’entourent ni une question de respect de la collectivité ; c’est si grave si Minisun veut mettre ses chaussures bleues et pas les vertes ?
  • Et surtout quand on sent qu'on ne gère plus, on va respirer un grand coup, on laisse Minisun pousser ses cris et si ça soulage on frappe sur les coussins du canapé (un punchingball c'est pas mal aussi !)...une fois la pression retombée on y retourne, on discute, on câline...plus il crie, plus on crie moins le problème est réglé.

Ces différentes idées fonctionnent plutôt bien (d’après mon expérience de maman)…mais pas toujours ! L’enfant n’est pas un adulte en miniature, et les colères sont relativement inévitables même si certaines peuvent être détournées, apaisées, gérées.

Et malgré mon écoute et mon bon sens, oui il m’est arrivé de craquer et d’hurler plus fort que mon enfant, de m’isoler ensuite pour me calmer, et de m’en vouloir…puis de revenir pour discuter, comprendre et câliner ; mais la règle énoncée au départ n’a pas changé pour autant !