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Etre parent ça s'apprend ?

Il s'agit ici d'un article débusqué dans le magazine TOBOGGAN :  l'intervention de Nicole PRIEUR y est pertinente et accessible, c'est pourquoi je vous transmets ici l'intégralité de l'entretien.

 

On ne devient pas parent à la naissance de son enfant. C’est au fil du temps et des moments partagés qu’on acquiert

notre compétence de père ou de mère.

Entretien avec Nicole Prieur, philosophe et psychothérapeute pour enfants


Toboggan : On parle d’instinct maternel. Ne serait-il pas plus juste de parler d’identité parentale ?

Nicole Prieur : La naissance de l'enfant nous confère l'identité sociale de parent. Mais en fait, tout reste à faire. À la naissance, il existe bel et bien quelque chose de l'ordre de l'instinct, un processus physiologique d'attachement mère-enfant. Mais ce lien subsiste de manière limitée et, surtout, il peut être entravé ou accentué selon le contexte familial. Il ne se suffit donc pas à lui-même.


T : Comment les compétences parentales s’acquièrent-elles alors ?

N. P. : On devient parent au fur et à mesure que l'on construit le lien avec son enfant. Il n'y a pas de savoir théorique à acquérir. C'est un apprentissage très empirique : ce sont les réponses apportées aux besoins de l'enfant, l'affirmation de notre autorité et la confrontation au réel qui font de nous des parents.
Malgré tout, il existe de grands principes, une sorte de règle du jeu dont la base est le respect de la différence générationnelle. Chacun doit rester à sa place, mais cela n'empêche pas le dialogue.


T : En apprenant à connaître nos enfants, nos principes éducatifs volent en éclats. Est-il toujours temps de faire des ajustements ?

N. P. : En tant que parent, on ne cesse de faire des ajustements. Bien sûr, il est important d'avoir une ligne de conduite, et surtout de la légitimer. Mais les règles du quotidien comme l'heure du coucher ou le temps de télévision sont à moduler selon les circonstances et l'âge de l'enfant. Entre 5 et 7 ans, les petits sont en mesure de comprendre qu'un contexte particulier amène des modifications.
Pour les parents, c'est un jeu subtil à recommencer sans cesse. Il faut qu'ils s'adaptent aux évolutions des enfants sans laisser de côté leurs besoins d'adultes.


T : Les enfants nous mettent parfois face à nos contradictions. Comment en tirer le meilleur parti ?

N. P. : Prenons un exemple. Une fessée part alors que c'est tout à fait contraire à nos principes éducatifs. Cela nous plonge dans la culpabilité. Notre enfant sent notre fragilité à cet instant. Il sait nous le faire remarquer et utiliser cette “faiblesse” au moment opportun.
Le comportement des enfants est paradoxal : ils s'immiscent dans la moindre de nos failles pour qu'on leur montre notre force, qu'on les rassure sur notre capacité à faire face, à surmonter les provocations. C'est une bonne occasion d'admettre que nous ne sommes pas tout-puissants, mais que cela ne retire rien à notre autorité. Tout ne peut pas être maîtrisé 24 heures sur 24.


 Le 29 avril 2010 Entretien paru dans le magazine Toboggan avec Nicole Prieur, philosophe et psychothérapeute pour enfants. Propos recueillis par Lise Irlandes Guilbat. Illustration de Claire Franek.


http://www.vosquestionsdeparents.fr/dossier/647/education-etre-parent-ca-sapprend