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Les "childfree" auraient-ils tout compris ?

= sans enfant

(Je n’aborde pas ici le sujet des couples désireux sous le coup d’une infertilité, ni de femmes non désireuses enceintes après incident)

 

Quand j’étais adolescente, il n’était pas rare, lors de fermes réprimandes , d’entendre ma mère prononcer cette phrase (à moi, ma sœur et mon frère) :

« Vous verrez quand vous aurez des enfants ! ».

Cela signifiait, je suppose, que lorsque nous serons confrontés à ces mêmes situations avec nos propres enfants, nous comprendrons alors les raisons de sa colère ou encore les difficultés de son rôle de parent.

 

Et puisque nous avons été, à trois, chahuteurs, impolis, imprudents

ou exécrables plus d’une fois dans notre jeunesse, 

j’ai entendu cette petite phrase que trop souvent.

Si bien qu’un jour, n’en pouvant plus de cette destinée certaine qu’était apparemment d’avoir des enfants, je me suis rebellée ! J’y voyais une fatalité,

un « être parent » imposé ; ma mère ne comprenait pas cette phrase

ainsi mais moi j’étais une ado ! Le choix des mots était soigneusement analysé, interprété…et contesté, cela va de soi !

 

Parce que très jeune, avoir un enfant me semblait faire partie d’un choix de vie, comme ne pas en avoir…je ne voulais pas que cette étiquette de « future mère » me soit collée, surtout si tôt. J’étais une jeune fille, puis je deviendrais adulte et femme, amoureuse peut-être ; être mère, malgré une enfance heureuse, n’était pas dans mes projets.

 

A l’heure de cet article j’ai 32 ans et trois enfants (j’ai un peu changé d’avis sur la question) : désirés aux tréfonds de mon âme et de ma chair, désirés à deux…Je comprends alors, depuis quelques années déjà, ce que signifiait ma mère avec cette fameuse phrase. Pourtant, je n'ai pas envie d'user de ce genre de répliques quelques peu "déterministes" avec mes enfants.

 

L’être humain de sexe féminin, bien que biologiquement équipé pour assurer la pérennité de l’espèce (pas tout à fait seul), ne nait pas mère, mais nait simplement être humain de sexe féminin ! Être et devenir mère, sur la base de certains attributs physiologiques, se construit surtout socialement et psychiquement.

 

Aussi, arrêtons avec ce pseudo instinct maternel…S’il s’agit d’un instinct, nous femmes, devrions toutes l’avoir et comme les espèces animales ne devrions pas pouvoir s’en échapper. Or c’est le cas pour ces femmes qui ne veulent pas d’enfant (ce qui ne signifie pas nécessairement qu’elles ne les apprécient pas).

Peut-être existe-t-il une sorte d’instinct de protection du bébé dépendant et vulnérable, peut-être y-a-t-il chez la plupart des femmes une haute sensibilité à cette petite chose qu’est le bébé. Mais la notion même d’instinct maternel est un beau leurre qui tend à dire que la femme ne peut échapper à son état biologique, à cette lourde responsabilité et obligation d’enfanter. Or faire un enfant, devenir parent n’est pas un sacerdoce ni une fatalité, c’est un choix.

 

On peut alors « Être femme sans être mère » (livre d’Emilie Devienne, 2007)… Que les défenseurs de l’humanité se rassurent, notre espèce n’est pas prête de s’éteindre à cause des « no kids », il n’y aurait que 5 à 7% de la population souhaitant rester sans enfant (Étude de l'Institut national des études démographiques, publiée en février 2014).

de Nathalie Six
de Nathalie Six

Décider de ne pas avoir d’enfant, l’assumer et sans cesse se justifier…voilà la vraie difficulté pour ces couples et encore davantage pour les femmes. Femmes qui subissent une grande pression sociale, tant l’imaginaire collectif associe femme et maternité et tant il est considéré qu’on ne peut s’épanouir en tant que femme sans avoir eu d’enfants (ou en tant que couple).

 

Ce choix est encore mal vu car jugé « anormal » et il n’est pas rare qu’une femme ou couple entendent ce genre de petites phrases amères :

Entre 20 et 25 ans : « oh tu es jeune, tu as encore le temps de changer d’avis » ou « c’est que tu n’as pas trouvé le bon père » (merci pour le compagnon !)

Entre 25 et 35 ans « ton horloge biologique tourne, on y coupe pas…dans quelques temps il sera trop tard »

Et au-delà de 45 ans « mais tu n’as pas peur de mourir seule » ou « mais qui va payer ta maison de retraite ?»

 

Sans parler des souhaits de « pleins d’enfants » sur les cartes de vœux de mariage et à la nouvelle année ou encore les « quand est-ce que vous faîtes un bébé, ça fait un moment que vous êtes ensembles ? »

 

Et parlons des raccourcis…si faciles : pour ne pas désirer un enfant, ces femmes ont forcément eu une enfance malheureuse, ou une vie amoureuse ratée. Ou encore elles sont froides, égoïstes, insensibles, fainéantes, carriéristes, fêtardes…Selon différents témoignages dénichés sur la toile, et des bouquins sur le sujet, il n'y a pas de profil type. Et le manque d'humanité et l'égoïsme ne font pas partis de leurs traits de caractère, au contraire !

 

Certes il n’est pas rare qu’une femme souhaite privilégier son travail et sa carrière. Pourtant, les principales causes invoquées ne sont ni financières ni professionnelles : il s’agit tout simplement du manque d’envie (c’est tout bête mais c’est bien la meilleure raison !) et du désir de liberté. La liberté ne signifie pas fainéantise ou ne pas vouloir de responsabilités (et finalement ne pas souhaiter de responsabilités est-il si critiquable ?).

Il s’agit davantage d’un goût immodéré pour le non routinier, le voyage, la vie et ses loisirs, la culture, les relations amicales…et pour les couples non désireux un bien-être, un équilibre trouvé à deux.

 

Pression, jugements hâtifs, regards indignés, parfois agressions verbales : voilà ce que peuvent subir ces couples, au seul motif qu’ils ne souhaitent pas d’enfant.

Parent, on peut être comblé de joie entouré de sa marmaille -c'est ce que je ressens auprès de ma tribu- comme trouver son bonheur et son souffle de vie ailleurs...

Père et mère, repensons aux motivations profondes qui  nous ont fait parents, et posons-nous la question de notre bonheur :

bonheur en famille, mais aussi en couple et individuellement.

Demandons-nous quels auraient été nos projets de vie, projets professionnels, de voyages, de rencontres, de loisirs sans enfant ?

Peut-être serions nous aussi heureux, qui sait ??